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Denise Putfin née Petit Denise Putfin née Petit
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11 novembre 2021
Témoignages

Souvenirs de pension de Denise, 1934-39 (2)

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Nous continuons avec les souvenirs de Denise PUTFIN (PETIT 1934-39) qui a fréquenté les Maisons d'Écouen de 1934 à 1936 puis de Saint-Denis de 1936 à 1939 car vous avez été nombreuses à lire le premier chapitre. Nous remercions beaucoup Marie-Sophie MIOTTO qui nous a envoyé le recueil des souvenirs de sa grand-mère ainsi que Guy PUTFIN, fils de Denise, qui nous a procuré quelques photos (voir liens de téléchargement en fin d'article).

 

2. La rentrée

 

La rentrée des nouvelles élèves était fixée au 18 octobre après-midi. Ce jour-là, je partis par le train avec mes parents, avec tout de même pas mal d'appréhension sur ce qui m'attendait là-bas.

Arrivés à la gare d'Ecouen, nous nous retrouvâmes à plusieurs familles à nous diriger vers le château où se trouvait la maison d'éducation et qui se trouvait très éloigné de la gare. Nous avions une certaine marche à pied à faire et ça montait beaucoup, en traversant le bois pour nous rendre au château. C'est là qu'était installée la maison d'éducation.

Parmi nous il y avait la mère de l'une d'entre nous qui était une ancienne élève et qui tout le long du chemin nous parla un peu de ce qui nous attendait. J'étais suspendue à ses lèvres, n'en perdant pas un iota. Je ne me rappelle d'ailleurs plus ce qu'elle nous racontait, mais j'eus l'impression que j'allais rentrer dans un autre monde.

C'était l'automne et nous marchions sur un tapis de feuilles mortes. Ce chemin de forêt débouchait sur une très belle esplanade, le château se dressait devant nous dans toute son austérité. Nous passâmes sous un porche d'entrée, à droite une pancarte indiquait "parloir", nous y entrâmes.

Il était 13 heures et nous entendîmes une cloche sonner. "C'est la cloche de sortie du réfectoire" nous dit la dame ancienne élève et qui s'appelait madame Bot de Rosière. Je le sus un peu plus tard à cause de sa fille qui se trouva dans la même classe que moi. Nous regardâmes par la fenêtre, et nous vîmes sortir en rangs impeccable des petites nonnes silencieuses et je demandai à madame Bot s'il y avait aussi des religieuses. Non, me répondit-elle, ce sont les élèves. Les élèves ça !Habillées comme ça ! Mais je ne vais pas être habillée comme ça ? Si long que ça ? J'étais atterrée ! Avec l'impression que j'allais être figée dans cet uniforme que j'avais pourtant vu, mais sur un cintre. On avait pris les mesures, mais on n'avait pas essayé.

Une dame entra. Elle était habillée sévèrement, en bleu marine, presque comme les élèves. Elle fit l'appel et nous partîmes avec nos parents pour l'infirmerie. Pour cela, nous traversâmes la cour d'honneur et nous apprîmes tout de suite que traverser cette cour en courant était passible d'une punition. Nous devions alors remettre un dossier médical et passer une visite avec le docteur de l'établissement. Le nom de la directrice de l'infirmerie était madame Javelot, elle me parut très gentille et j'eus l'occasion de confirmer ma première impression, car j'eus l'occasion de faire d'assez fréquents séjours à l'infirmerie.

De retour au parloir, on nous appela, cette fois sans les parents. Nous montâmes je ne sais combien de marches dans un escalier en colimaçon étroit et sonore jusqu'à la lingerie et la roberie. On nous remis à chacune un paquet de linge et de vêtements et on nous montra comment nous habiller. J'y reviendrai un peu plus loin.

Nous descendîmes ainsi accoutrées vers nos parents et cette fois j'avais plutôt envie de rire en pensant que c'était bien moi qui était là. Nous avions la possibilité de rester encore un peu au parloir et comme les parents étaient presque tous venus par le train, ils repartirent ensemble. Lheure sonna donc pour la séparation plutôt angoissante, mais je ne pouvais plus reculer, je ne pouvais pas demander à mes parents de me remmener et, après tout, me disais-je, les petites vacances de la Toussaint étaient dans deux semaines, je pourrais toujours aviser à ce moment-là si je me sentais trop perdue. Maintenant, j'allais devoir faire face toute seule à ce qui m'attendait derrière ces murs.

Quand mes parents furent partis, on me conduisit dans une classe qui était la première à droite de la véranda après avoir traversé la cour d'honneur. Il y avait quelques élèves, toutes des nouvelles et une dame surveillante dont je sus rapidement qu'elle était professeur d'allemand (Mademoiselle Schlegel) car elle me demanda quelle langue j'allais apprendre, et comme je lui répondis que je ferai de l'allemand, elle se présenta et me fit remettre un livre. Je l'ouvris, évidemment je n'y comprenais rien, d'autant plus qu'à cette époque et jusqu'après la guerre, les livres d'allemand étaient encore écrits en lettres gothiques. Elle me dit de ne pas m'inquiéter, que tout irait bien. Là, elle se trompait beaucoup. L'allemand fut toujours ma bête noire - et pour cause - j'expliquerai pourquoi.

Elle me dit également que j'étais en classe verte B. En effet, j'avais une ceinture verte. Pourquoi ?

Il faut ici que je fasse une parenthèse pour expliquer le fonctionnement des études à ce moment-là. Il y avait deux filières. Les études secondaires A, qui commençaient en 6° avec le latin obligatoire et le grec ou une deuxième langue vivante. Le baccalauréat général se passait en première ; en terminale, il y avait la philosophie ou les mathématiques. Les études primaires supérieures B, après le certificat d'études qui menaient au brevet élémentaire (rien à voir avec le BEPC ou Brevet des Collèges maintenant) puis au brevet supérieur en trois parties. La passerelle n'existait que du secondaire au primaire en lâchant les langues anciennes. Après la 3°, on pouvait également choisir les cours commerciaux ou les études d'arts de musique ou de dessin.

A la Légion d'Honneur, les classes portaient le nom de la couleur de la ceinture : verte pour les 6°, violette pour les 5°, aurore pour les 4°, bleue pour les 3°, nacarat pour les secondes, blanche pour les 1° et multicolore pour les terminales.

A Écouen et aux Loges (près de Saint-Germain-en-Laye) il y avait les vertes, les violettes et les aurores, ensuite nous passions toutes à Saint-Denis.

J'étais donc en classe verte B. Un peu plus tard, vint une dame qui nous dit être notre surveillante de classe. C'était la personne qui avait la responsabilité de la classe et qui était avec nous chaque fois qu'il n'y avait pas cours. On l'appelle maintenant Dame éducatrice. Elle nous expliqua un peu le fonctionnement de la Maison. Puis dans la soirée, nous eûmes la visite de "Madame l'Inspectrice" - Madame Dolizy - surnommée Dolo. Comme nous étions nouvelles et que nous ne connaissions pas encore les coutumes de la Maison, nous nous contentâmes de nous lever, alors que nous apprîmes qu'il fallait lui faire la révérence, ce qu'on nous apprendrait dès le lendemain. Elle nous souhaita la bienvenue, et nous assura que tout irait bien pour nous avec de la bonne volonté.

Le soir, à 19 heures, nous allâmes au réfectoire et je me souviens avoir été plus impressionnée par ses dimensions que par ce que nous avons mangé, mais en général, la nourriture était convenable. Nous étions pas tables de 10 (ou 12 ?) avec une Dame à chaque bout. Nous rentrions par classe en rang et en silence et nous remplissions les tables au fur et à mesure, mais si la classe qui nous précédait n'était pas arrivée, nous attendions à la porte du réfectoire. Quand tout le monde était arrivé, un coup de marteau sur la table de l'Inspectrice au milieu du réfectoire et tout le monde se levait, on disait le bénédicité, un deuxième coup de marteau, Madame l'Inspectrice disait "vous pouvez parler Mesdemoiselles" et nous répondions "merci Madame".

Après dîner, nous montions au dortoir par un escalier en colimaçon comme celui de la lingerie. Il y en avait un à chacun des angles du château. Deux montaient dans les dortoirs. Même impression quant aux dimensions. Il y avait trois dortoirs, un pour les vertes, un pour les violettes et un pour les aurores. Nous étions 250, c'est dire que nous n'étions pas en chambre individuelles. Dans chaque dortoir il y avait un box pour la surveillante qui changeait toutes les semaines. Les lits étaient alignés sur 4 rangées. Au pied de chaque lit, sur le montant, il y avait une étiquette avec notre nom, nous devions donc chercher le nôtre, même les jours suivants, car il ne fallait pas se tromper. A côté du lit, une table de nuit avec nos objets de toilette et notre linge de nuit. Cette table de nuit était de la hauteur d'un tabouret avec un casier amovible fermé par un abattant qui nous servait de siège. Le premier soir on nous attribua à chaque nouvelle une élève plus ancienne pour nous apprendre à nous déshabiller et nous habiller modestement et qui venait avec nous aux lavabos, pour nous expliquer comment devaient se faire les différentes phases de la toilette qui était tout un programme.

Cette nuit-là, je dormis d'une seule traite et je fus toute étonnée le lendemain matin de me sentir réveillée par la fille qui s'occupait de moi. Il y avait déjà un remue-ménage dans le dortoir, il paraît que la cloche avait sonné, mais je n'avais rien entendu. Il était 6h30, je ne m'étais jamais levée à cette heure-là et j'avais encore sommeil. Il fallait pourtant se lever, se mettre en tenue de dortoir qui se composait par-dessus la chemise de nuit d'une "camisole" à manches longues, croisée sur le devant (sorte de veste de judo) et maintenue à la taille par un jupon serré par des cordons. Nous défaisions entièrement notre lit, en pliant les couvertures et les draps d'une façon impeccable et réglementaire et posés au pied du lit avec le matelas replié par-dessus. Et ceci tous les jours. Nous prenions le casier à toilette amovible dans lequel étaient rangés tous nos objets de toilette réglementés. Nous passions ensuite aux lavabos (grands bacs en zinc avec des robinets tout le long). Nous choisissions une place, il n'y en avait pas une attitrée. En revenant au dortoir, nous passions à l'inspection de toilette : dents, cou, oreilles, ongles. Peut-être pas tous les jours ?




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