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27 mai 2021
Témoignages

Souvenirs de pension de Denise, 1934-39 (2)

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Nous continuons avec les souvenirs de Denise PUTFIN (PETIT 1934-39) qui a fréquenté les Maisons d'Écouen de 1934 à 1936 puis de Saint-Denis de 1936 à 1939 car vous avez été nombreuses à lire le premier chapitre. Nous remercions beaucoup Marie-Sophie MIOTTO  nous a envoyé le recueil des souvenirs de sa grand-mère ainsi que son père, Guy PUTFIN, qui nous a procuré quelques photos (voir liens de téléchargement en fin d'article).

 

2. La rentrée

 

La rentrée des nouvelles élèves était fixée au 18 octobre après-midi. Ce jour-là, je partis par le train avec mes parents, avec tout de même pas mal d'appréhension sur ce qui m'attendait là-bas.

Arrivés à la gare d'Ecouen, nous nous retrouvâmes à plusieurs familles à nous diriger vers le château où se trouvait la maison d'éducation et qui se trouvait très éloigné de la gare. Nous avions une certaine marche à pied à faire et ça montait beaucoup, en traversant le bois pour nous rendre au château. C'est là qu'était installée la maison d'éducation.

Parmi nous il y avait la mère de l'une d'entre nous qui était une ancienne élève et qui tout le long du chemin nous parla un peu de ce qui nous attendait. J'étais suspendue à ses lèvres, n'en perdant pas un iota. Je ne me rappelle d'ailleurs plus ce qu'elle nous racontait, mais j'eus l'impression que j'allais rentrer dans un autre monde.

C'était l'automne et nous marchions sur un tapis de feuilles mortes. Ce chemin de forêt débouchait sur une très belle esplanade, le château se dressait devant nous dans toute son austérité. Nous passâmes sous un porche d'entrée, à droite une pancarte indiquait "parloir", nous y entrâmes.

Il était 13 heures et nous entendîmes une cloche sonner. "C'est la cloche de sortie du réfectoire" nous dit la dame ancienne élève et qui s'appelait madame Bot de Rosière. Je le sus un peu plus tard à cause de sa fille qui se trouva dans la même classe que moi. Nous regardâmes par la fenêtre, et nous vîmes sortir en rangs impeccable des petites nonnes silencieuses et je demandai à madame Bot s'il y avait aussi des religieuses. Non, me répondit-elle, ce sont les élèves. Les élèves ça !Habillées comme ça ! Mais je ne vais pas être habillée comme ça ? Si long que ça ? J'étais atterrée ! Avec l'impression que j'allais être figée dans cet uniforme que j'avais pourtant vu, mais sur un cintre. On avait pris les mesures, mais on n'avait pas essayé.

Une dame entra. Elle était habillée sévèrement, en bleu marine, presque comme les élèves. Elle fit l'appel et nous partîmes avec nos parents pour l'infirmerie. Pour cela, nous traversâmes la cour d'honneur et nous apprîmes tout de suite que traverser cette cour en courant était passible d'une punition. Nous devions alors remettre un dossier médical et passer une visite avec le docteur de l'établissement. Le nom de la directrice de l'infirmerie était madame Javelot, elle me parut très gentille et j'eus l'occasion de confirmer ma première impression, car j'eus l'occasion de faire d'assez fréquents séjours à l'infirmerie.

De retour au parloir, on nous appela, cette fois sans les parents. Nous montâmes je ne sais combien de marches dans un escalier en colimaçon étroit et sonore jusqu'à la lingerie et la roberie. On nous remis à chacune un paquet de linge et de vêtements et on nous montra comment nous habiller. J'y reviendrai un peu plus loin.

Nous descendîmes ainsi accoutrées vers nos parents et cette fois j'avais plutôt envie de rire en pensant que c'était bien moi qui était là. Nous avions la possibilité de rester encore un peu au parloir et comme les parents étaient presque tous venus par le train, ils repartirent ensemble. Lheure sonna donc pour la séparation plutôt angoissante, mais je ne pouvais plus reculer, je ne pouvais pas demander à mes parents de me remmener et, après tout, me disais-je, les petites vacances de la Toussaint étaient dans deux semaines, je pourrais toujours aviser à ce moment-là si je me sentais trop perdue. Maintenant, j'allais devoir faire face toute seule à ce qui m'attendait derrière ces murs.




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