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Souvenirs de pension de Denise, 1934-39 (6) : Les punitions

18 juin 2022 Témoignages
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Il y avait de nombreuses punitions, les plus banales étaient les mauvais points que l'on attrapait pour un oui ou pour un non, comme de bavarder dans les rangs, parler à une élève d'une autre classe, s'attarder dans les changements de classe, s'insurger contre une mauvaise note, avoir l'air de vouloir répondre à une dame etc. On les attrapait par 2, 3, 5 ou carrément un 0 de conduite, ce qui avait un retentissement sur notre moyenne de conduite et nous valait d'autres punitions.

Tous les soirs, nous nous mettions nous mêmes une note sur 10 en la diminuant d'autant de mauvais points que nous avions eu dans la journée. Il y avait aussi des lignes ou des verbes à conjuguer par exemple : "je ne dois pas courir à toutes jambes dans la cour d'honneur" comme moi qui devait aller chercher mon violon qui était dans un placard du parloir avant de rejoindre les autres pour monter en salles de musique, car on n'aimait pas trop se trouver seule dans ces escaliers des tours, toutes sortes de légendes couraient plus absurdes les unes que les autres, mais au début nous nous en méfiions. On pouvait aussi aller à la dernière table où le matin nous avions de la soupe et pas de dessert aux autres repas. Il y avait les tours à la récréation, nous tournions en rangs dans les bergeries, il y avait aussi des heures de lingerie pendant lesquelles nous allions raccommoder les bas, les journées de classe le dimanche, ça, c'était une grosse punition. On devait aller passer la journée dans une autre classe, d'une couleur différente, pour qu'on voie bien que nous n'appartenions pas à cette classe-là. Ce jour-là, nous étions à la dernière table au réfectoire, nous faisions des tours aux récréations et le reste de la journée, nous devions n'avoir que des livres d'étude et bien sûr ne parler à personne. C'était très dur, c'est ce que nous appréhendions le plus. Nous pouvions également être privées d'un jour de vacances.

Et enfin, il y avait la dégradation ! Elle se passait devant toute la Maison réunie, en général au réfectoire. Après le bénédicité, l'Inspectrice appelait "Mademoiselle X voulez-vous venir ici" et quand celle-ci était près d'elle "Mademoiselle, donnez-moi votre ceinture", l'élève en question savait pourquoi elle se trouvait dans cette situation, mais nous, si elle n'était pas de notre classe, nous n'en savions rien, sauf quelque fois si l'une d'entre nous avait une soeur dans la classe de l'élève punie. Pendant le temps que durait sa dégradation l'élève était à la dernière table, et à chaque cours, elle devait aller trouver le professeur et lui dire : "Madame, je suis dégradée, voulez-vous me permettre d'assister à votre cours" ? Après un petit sermon, l'autorisation lui était accordée. Cela pouvait durer une semaine au moins, voire plus, car il fallait aller demander sa réintégration à l'Inspectrice et c'était très humiliant. En général, la cause de cette dégradation était un gros manquement de respect envers une Dame ou plus grave, car normalement au bout de trois dégradations, on était renvoyée.

Nous avions des notes d'ordre et pour cela, il y avait des inspections de tout, nous ne le savions pas d'avance, mais seulement quand nous retrouvions tous nos pupitres ou nos tables de nuit ouvertes. Notre dame surveillante nous donnait les notes avec ses commentaires : "votre pupitre est mal rangé ou il y a des choses qui ne doivent pas se trouver là (nous avions aussi des placards pour ranger ce qui n'était pas relatif aux études) ; il y avait des cheveux sur votre peigne ou votre brosse à cheveux ; votre casier à toilette n'est pas propre ; votre lit est mal bordé etc." Il n'y avait qu'à dire Amen.

Toutes les semaines, nous avions la moyenne de conduite et une note d'application (moyenne de celles que nous attribuait chaque professeur) nous devions les envoyer en tête de la lettre que nous écrivions à nos parents tous les dimanches.

Tous les mois, nous avions le rapport. Ce jour-là, Madame l'Intendante et Madame l'Inspectrice arrivaient dans chaque classe pour nous en faire la lecture. A l'appel de notre nom, nous devions nous lever, faire la révérence et nous tenir bien droite en attendant le verdict. C'était les moyennes mensuelles avec les appréciations des professeurs et en fin de trimestre les notes et les places des compositions avec distribution de quelques récompenses qui en l'occurrence étaient des médailles. C'était un noeud de tissu de la couleur de la ceinture que nous accrochions à gauche sur la poitrine, unie pour celle de conduite, avec un liseré pour celle d'étude et moitié-moitié pour la double médaille. Pour celle de conduite, il fallait avoir 8/10 de moyenne et 8 pour celle d'étude avec pas moins de 6 en conduite. Il y en avait peu. Peut-être deux par classe. Quelquefois, il n'y en avait pas. Avec 7 de moyenne, nous avions le tableau d'honneur.




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