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Souvenirs de pension de Denise, 1934-39 (4) : notre emploi du temps

15 février 2022 Témoignages
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Vous avez été nombreuses à réagir positivement à la publication des souvenirs de Denise, alors, nous vous proposons pour cette nouvelle newsletter un second chapitre : voici donc, le quatrième chapitre des souvenirs de Denise PUTFIN (PETIT 1934-39) qui a fréquenté les Maisons d'Écouen de 1934 à 1936 puis de Saint-Denis de 1936 à 1939 :

 

4. L'emploi du temps

Le petit-déjeuner se composait de café au lait avec du pain sec, que nous cassions dans notre bol et que nous mangions à la cuillère. Le jeudi et le dimanche, le café au lait était remplacé par du chocolat au lait et à l'eau et le dimanche ou les quelques jours de fête seulement, nous avions un peu de beurre.

Après le petit-déjeuner du matin, à 8 heures, les cours commençaient, il y en avait trois dans la matinée entrecoupés par une récréation de 10h à 10h et demie.

A midi, un peu de battement pour nous rendre aux carrés (terme employé pour les WC) et se laver les mains, toujours sous surveillance. Le repas de midi se déroulait comme je l'ai expliqué pour le petit-déjeuner.

Après le déjeuner, à 13h, nous avions une heure de récréation. La première demi-heure se passait en promenade en rangs assez libres, dans le très beau parc du château. Nous passions par la "fontaine Hortense", par "l'allée des princesses", tout ceci avait gardé son nom depuis le Premier Empire. La deuxième demi-heure se passait dans les "bergeries" où nous avions un espace réservé pour chacune des classes. Pendant cette deuxième mi-temps de récréation, nous jouions aux barres, au ballon etc. Après Pâques, nous pouvions jouer au tennis, mais il n'y avait que deux courts et même si nous nous installions dans les bergeries, il n'y avait pas de quoi contenter tout le monde, il fallait retenir son tour. pour jouer sur le court, il fallait être sélectionnée ainsi que pour les équipes de volley-ball, même pour être remplaçante.

De 14h à 16h, de nouveau, cours. Souvent des cours plus longs comme dessin, couture, gymnastique, etc.

A 16 heures, goûter et récréation. On nous apportait en classe une grande corbeille de pain sec (une élève était chargée d'aller la chercher) puis nous passions à nos "cassettes" qui se trouvaient dans des casiers, dans le couloir qui menait au parc. Ces cassettes contenaient le ravitaillement personnel que nous rapportions de chez nous ou qu'on nous apportait lors des visites de nos parents. Nous pouvions aussi recevoir des colis, toujours ouverts avant de nous être remis. Ce ravitaillement était très réglementé : chocolat, crème de gruyère, fruits secs, bananes à condition qu'elles ne séjournent pas trop longtemps dans les cassettes, ce qui ne risquait pas, car ces friandises faisaient l'objet de partage entre nous avec celles qui n'avaient pas de visites. Après un retour de parloir, nous faisions parfois une nouba, quitte à ce qu'il ne reste plus grand-chose pour les jours suivants. Je me rappelle que mon père comptait les bâtons de chocolat Meunier qu'il m'apportait par boîte entière, en me disant que j'en aurai assez jusqu'à la prochaine sortie, je ne lui avouais pas que huit jours après il n'y en avait plus, ainsi que du reste de ce qu'il m'apportait. Nous nous ravitaillions les unes les autres, mais parfois il avait des périodes de vaches maigres où il ne nous restait que du pain sec, mais cela nous amusait plus que de manger chaque jour sa petite ration. Nous passions cette heure de bombance et de récréation de nouveau dans les bergeries et quand il pleuvait, nous avions un grand préau, mais là, il fallait se contenter de faire les cent pas par petits groupes.

De 17h à 19h, deux heures d'étude qui étaient programmées au point de vue matières, si bien que nous devions obligatoirement étudier la matière désignée. Impossible de faire des mathématiques pendant une étude de géographie ou autre, car la surveillante passait dans les rangs pour contrôler les livres que nous avions sur notre bureau. Bien sûr, il nous arrivait de tricher un peu en changeant de livre dès qu'elle avait le dos tourné. Il y avait quelques études libres le jeudi et le dimanche, pendant lesquelles nous pouvions étudier ce que nous voulions.

A 19h, comme à midi, nous passions aux lavabos, puis au réfectoire pour le dîner. Après quoi nous montions au dortoir. A 21h, extinction des feux. Dans chaque dortoir, il y avait une surveillante pour le coucher et le lever. Pour la nuit, il y avait une "veilleuse de nuit" que nous appelions "la Dame noire" qui faisait des rondes et qui était là en cas de besoin. Elle était installée en bout de dortoir et ne dormait jamais.

Le jeudi matin, nous avions la messe, obligatoire pour toutes les catholiques. Il y avait également des protestantes qui avaient leurs offices, et des "libres penseuses" c'est-à-dire, je pense, sans religion. Tout ceci était déclaré à l'inscription. Deux cours suivaient cette messe. Après la récréation de 13h, nous pouvions nous occuper à quelques loisirs calmes, assises à notre bureau dans un silence relatif, c'est-à-dire que nous pouvions nous dire quelques mots à voix basse. Ces loisirs étaient : la lecture - il y avait une bibliothèque dans chaque classe - le tricot, les collections de timbres qui faisaient fureur dans la classe ; c'est à ce moment-là que j'ai commencé la mienne. Pendant ce temps, il y avait parloir. Si nous avions une visite, on venait nous chercher. Après la récréation du goûter, nous avions instruction religieuse puis quelquefois un devoir sur table.

Le dimanche, il y avait la grand-messe ; mais avant le petit-déjeuner, nous pouvions aller communier, car dans ce temps-là, il fallait être à jeun, et on ne donnait pas la communion à la grand-messe. Après la messe, nous avions une récréation un peu plus longue, mais à 11h il y avait tout de même une étude libre. L'après-midi se déroulait comme le jeudi avec un peu plus de liberté de déplacement dans la classe et dans la parole, à condition que ça ne dépasse pas un certain nombre de décibels. Le soir, il y avait encore étude libre ou pour certaines classes, instruction religieuse qui nous était donnée par l'aumônier de la Maison.

A la fin de chaque journée, nous nous attribuions une note de conduite sur 10 selon les mauvais points que nous avions récoltés dans la journée. Pour chaque infraction au règlement, nous recevions 2, 3, 5 mauvais points ou un zéro de conduite selon la gravité. Le soir, il nous restait à faire la soustraction. j'en reparlerai au chapitre des sanctions. C'est dans cette atmosphère quasi monacale que se déroulaient nos journées, mais cela n'empêchait pas une ambiance joyeuse et amicale entre nous. Mes premiers jours de pensionnaire s'étaient bien passés et cela me réjouissait, c'était un bon début et c'est sans appréhension aucune que je revins après les courtes vacances de 4 jours à la Toussaint. 

Les vacances étaient parcimonieuses : 4 jours à la Toussaint, deux semaines à Noël, 4 jours pour mardi gras, trois semaines à Pâques, 4 jours à la Pentecôte et deux mois et demi aux grandes vacances du 14 juillet environ au 2 ou 3 octobre. Peu d'élèves sortaient pour les petites vacances de 4 jours, car beaucoup habitaient très loin, en particulier celles dont les parents étaient aux colonies et qui ne sortaient qu'aux grandes vacances.

 




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