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Souvenirs de pension de Denise, 1934-39 (7) : Saint-Denis 2

22 janvier 2023 Témoignages
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Nous remercions toujours Marie-Sophie MIOTTO qui nous a envoyé le recueil des souvenirs de sa grand-mère, Denise PUTFIN (PETIT 1934-39) qui a fréquenté les Maisons d'Écouen de 1934 à 1936 puis de Saint-Denis de 1936 à 1939. Nous continuons de la suivre dans ses souvenirs...

 

7. Saint-Denis (2)

 

Cette année-là, en 1936, il y eut de grosses émeutes à Paris et dans les grandes villes de France et particulièrement à Saint-Denis qui est "banlieue rouge". Nous entendions hurler des slogans, chanter l'internationale, et cela a duré des jours et des nuits. Nous étions angoissées, nous avions peur qu'ils franchissent les murs du parc, plusieurs d'entre nous pleuraient, nos Dames nous rassuraient disant que nous n'avions rien à craindre, mais nous n'en étions pas certaines. 

En 1937, je suis passée en bleue B, nous avions comme surveillante madame Meunier, sœur de la Surintendante. On l'appelait "la petite Meunier" quoiqu'elle n'était pas plus petite que sa sœur, mais c'était leur grade. Elle avait aussi beaucoup d'autorité et comme c'était l'année du brevet, elle ne badinait pas non plus. Cette année-là, on nous mit des postes de radio (TSF) dans les classes, mais nous n'avions le droit de n'écouter que France musique les jeudis et dimanches après-midi pendant l'heure de parloir, ou une émission exceptionnelle qu'on nous signalait. Quelques fois, nous trichions un peu, nous essayions d'avoir les informations si nous n'avions pas de surveillante, ce qui arrivait parfois, mais il ne fallait pas se faire prendre, sinon nous en étions complètement privées.

Cette année-là, en classe bleue, on nous dit que le brevet supérieur qui se passait en 3 parties allait être supprimé et remplacé par un bac moderne (bac B) avec deux langues vivantes. Comme d'une part j'étais toujours aussi mauvaise en allemand et que je ne me voyais pas apprendre encore l'anglais ou l'italien comme on nous le proposait et que d'autre part je n'étais admise que pour 5 ans (je pense qu'on ne nous gardait pas au-delà de 18 ans) je n'avais pas envie de continuer mes études dans l'Oise, soit à Beauvais ou à Compiègne, j'ai décidé que j'entrerai en classe des cours commerciaux.

J'ai été reçue au brevet et à la rentrée 1938-39 je suis rentrée en classe nacarat des cours commerciaux. J'ai retrouvé Madame Cambournac comme surveillante de classe et Madame Lagneau que j'avais eue comme Intendante à Écouen est venue à Saint-Denis comme Surintendante des Maisons en remplacement de madame Meunier. La petite Meunier a pris sa retraite en même temps que sa sœur.

Le cours commercial a très bien marché, malgré l'allemand commercial dont je ne parlerai même pas du vocabulaire spécialisé. A la première composition de mathématiques nous n'étions que trois dans la classe à avoir fait le problème jusqu'au bout et avoir trouvé la solution. Quand le jour des résultats arriva, notre professeur commença à donner les notes. Aucune n'avait la moyenne. Nous pensions qu'elle nous réservait pour la fin pour nous féliciter, mais quelle ne fut pas notre surprise quand elle nous annonça un zéro à toutes les trois, parque nous l'avions fait par l'algèbre et elle nous dit : "à partir de maintenant, oubliez votre algèbre, dans le commerce on n'utilise pas l'algèbre."

Nous faisions aussi de la sténo, de la dactylo, de la comptabilité, du droit commercial ainsi que les autres matières générales. J'ai obtenu des diplômes de sténo et de dactylographie, mais je n'ai pas eu le certificat d'études commerciales, toujours à cause de l'allemand où j'ai eu 1/20 ; mais dans le courant de l'année, j'ai eu plusieurs fois le tableau d'honneur. Ce que je n'avais encore jamais eu à cause des notes de conduite.

Cette année-là, nous avons eu la visite de notre président de la République, Monsieur Albert Lebrun et Madame, accompagnés comme il se doit du grand chancelier de la Légion d'Honneur, le général Nolley et de son aide de camp, il y avait également le gouverneur général Ollivier, membre du conseil de l'Ordre, Monsieur Marchandeau ministre de la justice, Madame Noël Intendante d'Écouen et Madame Dolizy inspectrice, ainsi que Madame Tanguy de la maison des Loges, du docteur, de l'aumônier, du pasteur de la maison et du maire de Saint-Denis. Le cérémonial de cette journée avait été organisé et répété. Depuis le portail d'entrée de la rue jusqu'au vestibule d'honneur, une haie d'élèves attendait le Président avec grande révérence sur son passage. Dans le vestibule d'honneur, réception avec toutes les Dames de la maison de Saint-Denis. Toutes les élèves entonnèrent la Marseillaise. Une élève multicolore dit un compliment auquel répondit le Président, puis tout au long des cloîtres, nouvelles haies et révérences au passage jusqu'aux promenades où là, nous avions préparé trois rondes concentriques des couleurs de ceintures : bleues autour, puis blanches et nacarat au centre pour symboliser notre drapeau national ; nous tournions en sens inverse, ce qui provoquait paraît-il un assez beau spectacle. Les autorités visitèrent les dortoirs, les salles de dessin, la chapelle, la lingerie où une exposition de couture et de broderies avait été installée et où on offrit à Madame Lebrun un ouvrage exécuté par les élèves ainsi qu'une poupée habillée en uniforme, cousue également par celles-ci. En dernier lieu, le Président et sa suite visitèrent les salles de manipulations physiques et chimiques et assistèrent à un cours d'électricité donné à la classe blanche (préparation au baccalauréat). Sur un signal donné, toutes nous nous précipitâmes pour reprendre nos places vers le vestibule d'honneur. Les élèves de la classe de chant entonnèrent "Espana" qui fut très applaudi, puis toutes interprétèrent "la cantate des élèves de la Légion d'Honneur" composée par Emile Pessart sur des paroles de Sully Prud'homme. Il y eut encore un compliment auquel le Président répondit par une accolade, une gerbe fut offerte à Madame Lebrun qui répondit de même. Il nous fut offert ensuite un goûter dans le réfectoire où le Président et toute sa suite nous honorèrent de leur présence. Ce fut d'ailleurs le seul goûter que nous n'ayons jamais eu, mais je ne me rappelle plus de quoi il se composait, seulement qu'il y avait du champagne !

Pendant ces années, j'ai fait d'assez nombreux séjours à l'infirmerie, car j'avais souvent des bronchites et c'est à ce moment-là que s'est déclaré mon asthme. A la suite de ces bronchites je restais pendant un certain temps demi-pensionnaire à l'infirmerie, c'est-à-dire que j'y arrivais pour le dîner, la nuit et le petit-déjeuner, après quoi nous retournions dans nos classes respectives. Il n'y avait pas que moi dans ce cas et forcément des élèves de classes différentes, si bien que je m'y faisais pas mal de connaissances et quand on se rencontrait, on se parlait un peu, car à l'infirmerie l'interdiction de se parler n'existait pas. Mais cela nous valait des mauvais points, malgré nos protestations.

Mon père venait me voir environ tous les mois. Dans ces années-là, il avait demandé son changement pour Paris, il était affecté à la gare du Nord, et avait une petite chambre rue des Petites-Écuries pour les jours où il ne pouvait pas rentrer à Senlis. Si je parle si souvent de papa, c'est que c'est lui qui s'est toujours occupé de moi pour tout pendant ces années de pension. Maman venait rarement, elle avait trop à faire à la maison avec mes trois frères et sœur.

Je sortais à chaque vacances grandes ou petites, puisque je n'habitais pas très loin, à l'encontre de beaucoup qui ne sortaient qu'aux grandes vacances, car leurs parents étaient aux colonies : en Tunisie, à Madagascar, en Indochine ou à la Martinique. Mais certaines avaient tout de même de la famille ou un correspondant en France qui pouvait les faire sortir. 

Pour chaque sortie, on devait venir nous chercher et nous reconduire, donc à chaque fois, mon père devait se libérer, mais quand je fus à Saint-Denis, il m'emmenait jusqu'à la gare du Nord et me mettait dans le train pour Chantilly, là je changeais pour Senlis où maman m'attendait à la gare. Pour le retour, je repartais souvent seule et je trouvais une personne à la porte de la Maison à qui je remettais mon bulletin de rentrée.

La distribution des prix se déroulait toujours de la même façon, juste avant le 14 juillet, dans la salle des fêtes, avec la présence du grand chancelier et parfois d'une personnalité célèbre. Nous chantions toutes la Marseillaise, puis commençait la distribution des prix et des ceintures pour l'année suivante, par classe. Comme c'était assez long, les élèves de la classe de chant faisaient quelques intermèdes. Cette dernière année, j'ai eu ma ceinture blanche, mais je ne l'ai portée que ce jour-là, puisque je ne revenais pas. A mon grand désespoir !

 

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